banner top

 

L'Urbanisme augmenté

Il semblerait que la question de l’intimité ne soit pas aussi présente chez les coréens du sud. Actuellement un projet de ville technologique entièrement connectée se met en place dans la banlieue de d’Incheon. Le quartier de Songdo propose à ses nouveaux habitants une vie différente de celle menée dans les milieux urbains contemporains, sorte de test sur l’importance des technologies numériques dans les villes à venir. Toutefois, si cet ambitieux projet semble révolutionnaire, le prix à payer pour habiter dans cette ville sera de mettre de côté sa volonté d’intimité. Ils seront, d’une certaine manière, constamment surveillés. Des caméras dites « intelligentes » suivront à la trace les plaques d’immatriculations sous couvert de préventions d’accidents, des puces RFID1 seront intégrées aux canettes afin de créditer les comptes de ceux qui les jetterons dans des poubelles de recyclage, des cartes magnétiques faisant office de clés des appartements des riverains serviront également à se garer, louer des vélos, etc. En sommes, le dilemme de la course à la technologie pour les sud coréens se pose ainsi  : si l’on veut vivre dans une ville « intelligente » il faut accepter d’être tracé. Mais il ne s’agit pas d’une question propre à ce pays puisque le concept de « ville intelligente » se répand partout dans le monde. Quelle est, ou sera, la part d’intimité laissée à l’homme dans l’espace urbain ?

Les technologies sont déjà présentes dans nos villes, entre les cartes à puces RFID pour les transports ou les nombreux dispositifs adaptés aux smartphones (applications, QR codes), on sent que les villes tentent de vite s’adapter aux évolutions. On peut même dire que les municipalités veulent être en avance sur leur temps en signant des contrats avec différentes entreprises qui proposent de créer des réseaux qui permettront de collecter les informations relatives à l’organisation de l’espace urbain (déchets, eau, urgences, etc.), c’est le cas de Google ou encore d’IBM qui vient de signer un contrat avec la ville de Montpellier, notons que le contrat stipule que toutes les informations seront conservées dans le cloud d’IBM. Mais le mot d’ordre des dispositifs proposés reste la sécurité.

La sécurité est au cœur des enjeux de remodélisation des espaces urbains. Les caméras de vidéosurveillance sont monnaie courante dans les villes au point que l’on ne fait même plus attention à leur présence. Dans notre projet, la pose des affiches dans la ville a entièrement fait partie du processus : d’une part parce qu’il a fallu nous exposer, d’autre part parce qu’elle nous a permit de nous rendre compte de la présence des dispositifs de vidéosurveillance et de leurs emplacements. Nous avons pu noter que certains lieux étaient plus « protégés » que d’autres comme la préfecture avec plus d’une quinzaine de caméras (d’autant plus que l’infrastructure du bâtiment crée de nombreux angles morts), tandis que l’allée centrale d’Antigone ne possède que deux caméras. Il est intéressant de voir qu’une seule caméra2 est nécessaire à la surveillance de cette allée, d’un seul point de vu l’objectif peut observer environ 900 mètres de zone piétonne, ce qui rappelle étrangement le Panopticon de Bentham. Dans son étude « smarterplanet, smartercities » IBM propose d’installer des caméras « intelligentes » censées masquer les visages des personnes filmées sauf si elles sont accusées de délit, auquel cas un logiciel de reconnaissance faciale cherchera s’il s’agit d’une personne récidiviste et fera appel aux secours. Quelle est la limite de ce dispositif ? D’un côté, si l’on suit les arguments qui vont avec l’offre, est-il vraiment efficace d’un point de vue sécuritaire d’observer de loin sans pouvoir intervenir avec la rapidité d’une personne qui aurait été présente au moment des faits. D’un autre côté, la déshumanisation donne une sensation d’impuissance face au regard non consenti qu’est celui de la caméra, comme de l’homme posté derrière.

La manière dont nous avions conçu PanopticUS nous permettait de nous savoir vu et le fait que nous proposions directement de nous observer a permis de consentir au regard que le spectateur allait avoir sur nous. C’est dans cette optique que nous nous sommes différenciés de ces dispositifs mis en place dans l’espace urbain.

 


1 : RFID : de l’anglais radio frenquency identification, méthode pour mémoriser et récupérer des données à distance avec des capteurs nommés « radio étiquettes ».
2 : La seconde caméra ne vise pas l’allée centrale d’Antigone.

 

 

pied