maquette 3D : Antoine Desnos & Anthoniy Val

Concept

Beaucoup de discours en cybernétique et nouveaux médias s’intéressent à la manière par laquelle « un médium associé à l’immatérialité et la désincarnation vont affecter nos rapports sur avoir des corps et être corps (et devenir corps…) » . Ces récits envisagent le corps organique principalement comme un ensemble de pièces d’un mécano techno-biologique, une chimère hybride de viande, métal et code.

D’autre part, notre corps est confronté à un tas de techniques et technologies dont le but principal est de rendre tout en information et où tout a un code source, y compris le(s) corps organique(s). Comment alors le corps peut-il être envisagé dans ce paradigme informatique dans lequel tout peut être déplié en informations mathématiques de même nature – 1/0 ? Dans ce cas, pouvons-nous appliquer au corps les mêmes procédés que nous retrouvons dans les nouveaux médias – transcodage, encodage, reprogrammation, décodage, etc. ? Est-ce que nous pouvons alors parler d’un corps « transcodé », un corps « encodé », un corps « reprogrammé », un corps « décodé », etc. ?

L’installation In Vitro s’intéresse particulièrement au corps biologique transcodé. Il s’agit de l'incorporation du corpus organique dans une nouvelle configuration où son code source (l’ADN) est transcodé en code binaire afin de donner vie à ce nouveau corps mécanique. In Vitro a donc son code génétique – une séquence d’ADN qui au fur et à mesure du temps s’adapte à son environnement par diverses mutations. De ce fait, il n’est non plus un clone, une simple recontextualisation esthétique d'éléments biologiques, mais devient un être autonome.

croquis : Antoine Desnos

Le Projet

Tout comme un organisme vivant, In Vitro a son propre code génétique – une séquence d’ADN. In Vitro est un corps « transcodé » et réincorporé dans un nouveau corps aussi fragile que le nôtre. In Vitro a sa propre organicité qu’il expose ; une organicité différente de la nôtre, qui obéit à d’autres lois de la physique.

C’est un corps affecté. Tout comme notre ADN s’adapte à son environnement par diverses mutations, celle du dispositif fait de même. En effet, le spectateur prend une place importante de cet environnement et cause lui-même, par sa seule présence, des mutations du code génétique d’In Vitro De telle manière In Vitro n’est plus ce corps réincorporé originel, mais devient un corps nouveau original et autonome. Toutefois, ces mutations ne se manifestent pas uniquement visuellement, mais aussi au niveau sonore. In Vitro n’est donc pas seulement un corps physique, mais aussi un corps sonore. D’autre part, c’est un corps affectant. In Vitro est en capacité d’adapter, par la lumière, son environnement à soi.

Structure

Le dispositif se présente comme un objet qui nous rappelle la forme d’une capsule, d’un œuf ou encore un cocon, ayant 26 cm de hauteur et 10 cm de diamètre. Alors que ces deux dernières formes renvoient vers l’idée de la naissance, de la métamorphose, la création, la première fait écho à l’imagerie science-fictionnelle. D’autre part, cette notion fait aussi penser à ce dispositif de sauvegarde de témoignages pour les futures générations qu’est la capsule temporelle. L'objet est composé en trois parties – deux identiques en noir, chacune de 10 cm de hauteur et une troisième au milieu, transparente, de 6 cm de hauteur et 10 cm de diamètre.

Cette dernière contient un mélange d’eau et d’oxyde de fer – produit qui réagit au champ magnétique ; alors que dans les deux autres est caché le système mécanique. Celui-ci est composé de quatre servomoteurs, deux de chaque côté de la partie de milieu, chacun contrôlant, grâce à un système de pignon-crémaillère, la position d’un aimant sur un axe vertical. De telle manière, les quatre aimants – chacun correspondant à un nucléotide de l’ADN et positionnés suivant les règles naturelles de complémentarité des bases nucléiques de l’ADN (l’adénine est liée toujours à la thymine et la guanine à la cytosine), peuvent être éloignés de l’oxyde de fer (et donc de ne faire aucun effet sur celui-ci), ou bien rapprochés (de manière à le faire agir)

L’ensemble de l’objet plastique est alors suspendu du plafond de l’espace d’exposition, de manière à ce que la partie transparente de l’objet soit facilement visible pour le public.

Enfin, autour de l’installation, de deux à quatre haut-parleurs sont placés au sol afin de permettre la diffusion du son, lui aussi généré par la séquence génétique.

Oxyde de fer aimanté
photo : Anthoniy Val

Dynamique

L’installation In Vitro se sert d’une séquence d’ADN réelle afin de donner vie à l’objet esthétique. Celle-ci, étant initialement en code quaternaire (quatre symboles – A pour l’adénine, T pour la thymine, C pour la cytosine et G pour la guanine) est transcodée en code binaire (1/0) où 1 indique la présence d’un nucléotide et 0 son absence, suivant l’algorithme suivant :

La séquence linéaire :

T G A A T T G G C A C A A T G C T A C A A T G T G C

Est décomposée en quatre sous-séquences, chacune pour une seule base nucléique :

_ _ A A _ _ _ _ _ A _ A A _ _ _ _ A _ A A _ _ _ _ _
T _ _ _ T T _ _ _ _ _ _ _ T _ _ T _ _ _ _ T _ T _ _
_ _ _ _ _ _ _ _ C _ C _ _ _ _ C _ _ C _ _ _ _ _ _ C
_ G _ _ _ _ G G _ _ _ _ _ _ G _ _ _ _ _ _ _ G _ G _

Ces sous-séquences sont ensuite transcodées en code binaire :

0 0 1 1 0 0 0 0 0 1 0 1 1 0 0 0 0 1 0 1 1 0 0 0 0 0
1 0 0 0 1 1 0 0 0 0 0 0 0 1 0 0 1 0 0 0 0 1 0 1 0 0
0 0 0 0 0 0 0 0 1 0 1 0 0 0 0 1 0 0 1 0 0 0 0 0 0 1
0 1 0 0 0 0 1 1 0 0 0 0 0 0 1 0 0 0 0 0 0 0 1 0 1 0

La séquence est alors « lue » nucléotide par nucléotide et ces dernières valeurs contrôlent la position de chaque servomoteur où 1 serait la position à laquelle un aimant serait rapproché de l’oxyde de fer et, vice versa, 0 – la position à laquelle il serait éloignée. De cette façon, si à un instant donné c’est l’adénine qui est présente dans la séquence d’ADN (TGAATT…), alors l’aimant lui correspondant sera le plus rapproché de l’oxyde de fer, et ceux correspondant aux trois autres nucléotides seront éloignés

D’autre part, à l’aide d’un capteur de mouvement PIR, l’interaction avec le public est rendue possible. Comme indiqué précédemment, le spectateur cause, par sa seule présence, des mutations du code génétique avec lequel le dispositif In Vitro fonctionne. En effet, à chaque présence détectée par le capteur PIR, la base nucléique « lue » à cet instant-là mute en une des trois autres bases nucléiques.

Techniques de production

Découpe laser

Impression 3D

production du système mécanique
production de la partie transparente

production de pignons
production des parties opaques
production de moules

Outils logiciels utilisés

Max

Arduino

transcodage
traitement des données
création sonore

captation de mouvement
contrôle des servomoteurs
conrôle des LEDs

Projet réalisé dans le cadre du Master 2 Création numérique, Université Toulouse Jean Jaurès
année universitaire 2015 - 2016

Remerciements à Yves Duthen (équipe VORTEX/ALIFE - IRIT), Elodie Decarsin (Science Animation), Pierre Cordelier (INSERM), Morgane Gibert (Laboratoire d'Antropologie Moléculaire et Imagerie de Synthèse), Marie Vidal et Sandra Fourré (plateforme Génome et Transcriptome - GenoToul) pour leur itervention lors de la conception du projet.

Projet réalisé grâce aux services proposés par